Le blog de Victoire


28/04/'13

et notre folie sera grande et notre mémoire sera longue

 

L’été rusé nous fait tourner la tête; un jour je troque la soie contre la dentelle et les collants de nylon contre le doré progressif de ma peau nue, le lendemain j’enfonce mes ongles dans mon capuchon pour le maintenir en place contre le vent et la pluie. Mon père m’emmène à la pâtisserie garcia chercher des pastéis de nata encore tièdes, mon voisin italien toque à ma porte avec un sachet entier de taralli maison, je grignote un peu d’ailleurs en rêvant aux vacances. Sur le kiosque en face du mien à la brocante de ce jour là, quatre chaises parfaites pour mes prochaines grandes attablées, la visite à cloche-pieds de D., celle, éclair, de ma P. juste pour se raconter et t’embrasser et l’anniversaire de ma mère au restaurant indien. Dans la semaine, cette façon qu’il a toujours de sortir les choses de son sac comme s’il les ôtait d’un chapeau de magicien, une bouteille de vin blanc, un paquet soigneusement emballé ou du jus de fraises. En terrasse au crépuscule, je décide de prendre un kir pour imiter la belle habitude de mon amie G. et je remarque que la serveuse a la grande ourse tatouée sur le bras gauche. On passe l’après-midi dans le parc bondé, on aurait presque trop chaud; on va se chercher des cornets de glace au citron et à la pistache. Je joue au même jeu que celui de Mathilde avec Manech dans ce film, si (…) alors je (…) mais je n’ose jamais respecter ces promesses que je me fais à moi même. Je vais chercher mes parisiennes à la gare du midi, il pleut à verse sur le plat pays. J’emmène tout ce beau monde par monts et par vaux, je mêle mes amours et j’aime voir à quel point les gens que j’aime s’aiment au premier regard. Vendredi soir on peut presque entendre nos petits corps tressaillir en coeur au concert de Biolay, profite, Vanessa Paradis nous fige de surprise par sa présence et sa grâce nonchalante, profite, la présence autour de moi de si précieuses personnes – le parfum si rassurant de l’une, les regards de l’autre, celui-ci qui veille et celle-là qui comprends tout – m’émeut à un point fou, profite, on serre les poings en scandant que la vie, merde, est trop courte. A minuit, on réchauffe les coquillettes,on pique-nique de nuit et on campe ensuite sur le tapis gris. L’enfant B. a les paupières violettes de fatigue. Le lendemain matin, en prenant ma douche, j’entends son gazouillis de petite fille et j’ai le sentiment que cette mélodie a toujours été là. On petit-déjeune de cookies façon carrot cake avant de « grand-déjeuner » à volonté. Je suis spécialement entourée, ces derniers temps, de mères : de futurs mères qui osent à peine l’avouer encore ou d’autres qui ne peuvent plus le cacher et qui n’attendent plus que l’arrivée de, de mères, déjà, qui, avec leurs minuscules, s’échangent immensément d’amour peu à peu et peau à peau. Cette profusion de merveilleuses mères veilleuses (et je n’ai rien inventé) me trouble de part en part, j’ai l’esprit retourné quand je les observe, une grande hâte aussi, je questionne intérieurement à cet enfant qui ne sera pas en moi demain quand arrivera notre temps, à nous. Ce lien tangible entre B. et sa mère, celui que j’ai déjà pu percevoir à Paris, en janvier, m’inspire une émotion et un respect que je ne saurais retranscrire en mots tant c’est intense, tout comme l’idée d’une vie de plus en plus concrète au creux de ma D. J’imagine que je ne serai capable de décrire ce que je ressens quand je regarde ce beau monde qu’au moment où d’autres battements tempêteront au diapason des battements à l’intérieur de moi. Quand aussi j’aurai, je pense, la main, non l’amant, oui quand j’aurai l’amant sur le cœur. En attendant, je m’accroche à ces touts petits bras presque autant que ces touts petits bras s’accrochent à moi. Dans le tram, B. s’endort dans les bras de sa mère, et à les regarder je pense que la terre toute entière se sent bercée. Je suis tiraillée, dernièrement, par une étrange dualité au niveau de mes ressentis. Ces instants que je passe avec ces gens que j’admire tellement me transportent à grande échelle, tant de talent concentré dans les mêmes personnes me fascine et provoque en moi une envie d’envol réellement palpable, un exil qu’on pourrait caresser des doigts… Tout comme elles me ramènent parfois, et c’est là un duel entre moi et moi, à ma propre médiocrité. A côté de tant d’immensité, je me sens parfois à taille inhumaine ou trop humaine, à dos sans aile, je ne sais pas. Un peu avant minuit, la nuit suivante, on écoute, toutes larmes retenues, cette nouvelle chanson qui nous lie toutes les trois, ensemble et à un autre continent. En entendant sa voix, douce, douce, et ses paroles qui transpercent, je me rappelle à chaque fois – sans jamais l’avoir oublié pourtant – pourquoi l’existence m’a apporté cette fille-là près de moi. Le reste du temps, on profite de ma campagne, on parle de tout de rien et de ses yeux rieurs, j’essaie d’orchestrer les choses au mieux pour que ce week-end vaille bien mieux que la peine. Deux gâteaux parsemés d’étoiles, des magnolias en fleurs, des limonades à la menthe, des bougies à souffler, quelques cadeaux échangés, des serments à la vie-à la vie, des bonbons à la cerise et le soleil du paradis qui nous réchauffe les joues. Sur la route, on écoute en boucle le poids des confettis et j’augmente le son en tapotant des doigts sur mon volant quand il est dit que tant pis pour toi, anyway on t’attend pas. J’avoue aux trois demoiselles assises dans ma voiture que cette chanson me donne envie de faire… de faire je ne sais quoi, mais de le faire très fort. P. ose, « de vivre, peut-être?« , j’acquiesce évidemment. Et notre folie sera grande et notre mémoire sera longue.

 

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4 commentaires pour “et notre folie sera grande et notre mémoire sera longue”

  1. Médiocrité ou l’antithèse de Victoire!

  2. Tu a été une de mes plus belles rencontres il y a quelques années de cela et depuis tu ne cesses de me faire côtoyer de belles choses et de si jolies personnes <3

  3. Allez Victoire, c’est nous qui, quand on te lis, trouvons nos vies ridiculement étroites :p

  4. Il ne faut pas avoir de regrets Victoire, ou du moins le moins possible… Alors j’ai envie de te dire, fais ce qui te semble nécessaire pour cela…

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