Le blog de Victoire


20/04/'13

E N C R E

 

« Encre » de Fernando Trias De Bes, ce livre déposé en surprise dans ma boîte aux lettres un samedi après-midi, entamé et terminé en moins de deux heures le jour suivant. Je l’ai adoré de bout en bout, de sa forme à la matière de sa couverture, des mots qui le composent évidemment à sa construction exemplaire… Et puis ce titre, Encre, qui fait claquer la langue quand on le cite et tressaillir quand on le lit tout bas, Encre, un mot seul, vivant, vibrant, qui évoque tellement en ne dévoilant rien.

Ce jour-là, Enguerrand a eu 4 ans, oh déjà. J’ai rechigné un peu en moi-même à l’idée de lui offrir cette figurine de super-héros, et puis j’ai vu ses yeux, immenses et illuminés, une fois l’emballage déchiré. Il parait que le soir même, Spiderman et lui dormaient côte à côte.

En travaillant, j’écoute en boucle Misses de nos belges Girls in Hawaii, enfin de retour après le drame et des années d’absence. On boit du vin en écoutant le Colisée accoudés au balcon intérieur d’un bar du centre-ville. Je lis un courriel a sept heures du matin qui dit ce doit être ton heure, je sais que tu es là, et on discute lui et moi de choses qui ne se disent pas. Je reçois de la Suède une carte-postale-sachet-de-thé, de la France une carte brodée et un collier, de ma mère une machine à café. Un soir on discute avec P., moi de ma vieille Bruxelles avec un thé, elle d’Istanbul avec du blé à la tomate. Je l’envie beaucoup; j’aspire à l’Orient, ça fait si longtemps. P. semble tellement légère, on dirait que le chagrin se détache d’elle comme une à une les pressions d’un chemisier de soie, et je souris à distance de la savoir dans cet état là. Un peu plus tard je l’appelle pour ses vingt-cinq ans, je répète ça ira et pense tout bas au pacte que nous avions fait toutes les deux autour de cet âge là. Un peu tous les jours en ce moment, j’admire les collections de belles images, de jolies choses et les créations de cette demoiselle. Nos univers en résonance font ensemble un bruit très doux.

Je passe à la librairie où travaille D. et on boit un café entre les rayons. Le parfum des pages m’enivre un petit peu, j’avais oublié la teinte qu’il pouvait avoir. Dans la même journée, je vais chercher C. et son amoureux tout juste arrivés de Paris et je les amène à mon appartement que je leur prête pour le week-end. J’ai laissé sur la table un plan détaillé du quartier, une liste de belles adresses et puis des bonbons au citron. A mon retour le dimanche soir, des fleurs, des petits mots et des surprises jonchent les moindres recoins de mon chez moi, jusque sous les draps. Ce week-end là ressemblait à un été qui aurait esquivé la case printemps, je grignote une tartelette aux framboises et cours dans l’herbe en petite culotte avec à mes trousses le chien qui ressemble à un loup. On annonçait des aurores boréales dans le ciel belge pour le samedi soir, alors j’ai guetté le Nord, encore et encore, sans grand succès. Pour me consoler, D. m’envoie ne t’inquiète pas, en Gaspésie ces choses-là poussent comme du chiendent, et je me mets, comme souvent, à rêver de ce voyage en août. On a dîné à une terrasse avec ces gens qui me font tant de bien, dans ce quartier où je vivrais volontiers. J’ai eu les derniers rendez-vous et ai bouclé les cent quarante pages de mon mémoire. En les confiant à mon promoteur hier, j’ai répété, j’y ai mis tout mon coeur monsieur, j’y ai mis tout mon coeur. Après un déjeuner avec ma si précieuse P. on a fait le tour des boutiques, j’ai essayé puis acheté un rouge à lèvres rouge vif. C’est avec cette couleur sur le sourire que G. m’a aperçu sans que je le réalise cette après-midi là, me reconnaissant après des années de conversations par écrans interposés. Il me confiait plus tard j’ai dû voir trois pas de face, un de coté et deux trois de dos. C’était un travelling un peu surréel. En rentrant, je suis passée serrer D. et ai tenté de sentir son bébé à mille reprises. Je suis émue à l’idée l’imaginer mère si bientôt, mon oiseau, et je l’observe magnifier davantage leur nid à tous les trois de jours en jours. Le soir, on décide d’aller au restaurant italien avec ma mère, et on tombe par hasard sur mon oncle, ma cousine et mon cousin. Ravis de cette rencontre impromptue, on déménage chacun de nos attablées minuscules pour n’en former qu’une seule. Je découvre au petit matin le film d’animation de S., j’en ai le souffle coupé et le coeur un petit peu serré. Il fait beau et chaud quand on décide de prendre un verre en terrasse avec mon amie G. On se raconte notre semaine et la serveuse me conseille un vin rouge qui goûte les fleurs. C’est au même endroit qu’hier, après la signature des papiers relatifs à l’appartement à la verrière, on trinque à mon futur chez moi avec un rosé qui s’appelle Little Garance. Je m’offre des sandales pailletées pour l’été et assiste le jeudi soir à une pièce de théâtre avec, sur les planches, cet acteur dont j’étais amoureuse enfant. J’écoute en boucle et à des heures incongrues le vent, d’Ariane Moffat, cette petite voix apaise à la perfection mes nuits d’insomnie. Ce matin, je me fais mon premier café chez moi, je me sens un petit peu adulte alors que les inconnus continuent à me prendre pour une très très jeune fille. Le sens du merveilleux intact après un quart de siècle, m’écrivait-il hier soir. Pourvu que ça dure. Ce matin, la fleur rouge que j’attends depuis des semaines s’est enfin décidée à éclore.

 

 

 

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