Le blog de Victoire


30/03/'13

wild tigers I have known

Tous les matins, en me levant, je regarde si les six bourgeons de ma petite plante sur l’appui de fenêtre ne se sont pas décidés à éclore enfin. J’aspire à ces fleurs rouges vraiment rouges qui annonceront peut-être un printemps vrai, un qui ne se moque pas de nous en nous glaçant le bout des doigts. Ah la belle saison mensongère.

J’enchaîne les rendez-vous passionnants pour continuer la rédaction de mon mémoire. Dans les bureaux du ministère aux murs coloriés, chez cet éminent spécialiste demandé dans le monde entier et au milieu de sa collection de soixante-mille livres d’albums jeunesse, au centre de littérature de Bruxelles ou à la ribambelle des mots; on discute, on débat. Je réalise tous les jours davantage à quel point j’ai ce sujet sous la peau quand j’ai presque autant de choses à dire que ces professionnels du secteur. Je n’aurais jamais pensé que me lancer dans un travail d’une telle envergure me donnerait l’envie d’y consacrer, qui sait, un métier ou une vie demain.

Au début du week-end dernier, j’envoie à E. un bonnet de laine jaune par la fenêtre, j’accueille S. qui, à vélo, fait le tour de la ville pour apporter des pastéis de nata aux gens qu’elle aime. Le soir je retrouve B., enfin revenue de son voyage de presque une année en Amérique Latine. Pendant la soirée, sans que je n’ai rien dévoilé de l’état d’épuisement dans lequel je me trouvais alors, D. pose ses mains sur mes épaules en me donnant toutes sortes de directives étranges; je dois tour à tour retenir puis laisser filer ma respiration, décroiser les jambes. Je sens les milliards de nœuds sous ma peau se dénouer peu à peu, D. les prends entre ses doigts et les rejette comme des déchets. Le moment est vraiment particulier.

Un dimanche enneigé de plus, je me mets en double file devant la boulangerie et en ressort avec une tonne de croissants pour le petit déjeuner chez C. Là-bas, Billy m’accueille en me couvrant de baisers. Elle a mis son jupon de tulle parce qu’elle sait bien que j’en suis amoureuse, elle s’accroche à moi comme un koala. Le lendemain, on rit aux larmes avec mes vieux amis de l’école de journalisme. Le seul soir libre de ma semaine, je commande au restaurant japonais des chirashis multicolores que je pose sur un plateau avec du jus de pommes et une paille à rayures, je prends un bain gigantesque et je grignote mon festin de reine entre mes draps. Je m’endors ensuite à une heure indécente. Je retrouve ma P. dans ce bistrot très très belge où, petite, j’ai déjeuné si souvent avec mon père. Je passe la soirée avec mes deux cousines, on discute des générations précédentes et de la nôtre, à protéger. Je me fais couper deux centimètres de cheveux, on reçoit avec E. du thé et d’autres gourmandises dans du papier en kraft, on fête l’anniversaire de mon grand-frère autour de foccacias à la mozarella.

Un vendredi libre comme l’air, je m’offre des tulipes, je me roule avec C. jusqu’aux Marolles, le plus bruxellois des quartiers de Bruxelles. Un garçon, avec des petits signes, m’aide à me garer sans que je n’ai rien demandé, dans un endroit pas très autorisé… Alors un autre me propose de surveiller ma voiture et de m’appeler en cas de contrôle. Au marché aux puces, je déniche une chaise merveilleuse à trois pièces argentées, et un petit meuble aussi, et une lampe dorée. On retrouve mon amie J. pour déjeuner, et la serveuse nous vend si bien le jus pommes-carottes qu’on ne peut qu’y goûter. Ce matin, au marché, j’achète des fruits et des légumes pour reprendre en main ma piètre santé. En attendant C., je me réchauffe au kiosque des poulets rôtis, ce qui ne manque pas de faire s’esclaffer plus d’un badaud à mes côtés. Je reçois des oeufs en chocolat du pharmacien, et un ciao bella! de mon voisin italien. Je suis en congé, et même si pas vraiment, je vais prendre un peu de temps pour me remettre sur pieds. Je vais travailler au calme en buvant des litres de thé, aller au cinéma tous les soirs, m’autoriser à dire non à tout le reste, dormir beaucoup. Quand je me réveillerai demain, il fera déjà jour.

 

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Un commentaire pour “wild tigers I have known”

  1. En tout cas, elle est archi-mignonne ta petite chaise « à trois pièces argentées » !

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