Le blog de Victoire


3/03/'13

the breath I’ve taken and the one I must’ to go on

 

Un tour de l’horloge, un tour du calendrier, dix moments par jour.

 

Dimanche nappé de neige, milieu d’après-midi. S. passe quelques minutes dans le minuscule appartement, il me parle en pesant chacun de ses mots pour ne pas en laisser un de trop, en oublier un de trop peu. D’un coup, il se lève et me soulève avec une force de titan, comme si je pesais dix grammes. Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi légère, au propre comme au figuré. On reste enlacés dix minutes, dans le silence, son coeur contre mon coeur bat tellement fort qu’il fait tressaillir ma cage thoracique.

Lundi, au petit matin. Un courriel m’attend au réveil, il dit juste ceci : « je reviens de Montréal, on m’a chargé de te remettre un paquet« . Je pense tout haut que si c’est comme ça, la semaine a le droit de commencer. Sur l’heure du midi près de l’université, on sirote sans trop oser  un café qui a l’air d’une oeuvre d’art.

Lundi, à la tombée de la nuit. E. m’accompagne pour visiter cet appartement dans mon quartier. Je me dis qu’au moins je ne serais pas dépaysée, que je pourrai aller chercher mon pain alouette à la même boulangerie et mes trois tulipes de la semaine chez le même fleuriste, fouler sans hésiter les mêmes pavés. Oui mais.

Mardi, nuit noire et salle comble. Avec ma famille presque entièrement réunie, on assiste, ébahis, au concert de Sigur Ros. Si les jeux des lumières nous fait plisser les paupières, les mélodies nous obligent presque à fermer les yeux. « De la pure folie », on se dit l’un à l’autre, en sortant dans le froid.

Mercredi, nuit aussi. Avec D. on arrive juste à temps pour le début de la projection d’une version restaurée de Cléo de 5 à 7, d’Agnès Varda. On est presque tout devant, alors on s’enfonce dans les fauteuils le plus profondément possible, pour finalement s’appuyer sur les épaules – en marinière rouge et blanche – l’un de l’autre. L’actrice est follement belle, dans le film elle s’appelle Cléo-Victoire, de son vrai nom Florence; sans grande surprise, tout ça provoque beaucoup d’échos au creux de moi. Les dialogues sont parfaits, j’ai envie de noter les moindres répliques. Au lieu de ça, ma mémoire ne retient que « Je te manque? Comme on manque un train, oui, sûrement!« . Après le film et les récits débordant d’humour d’Agnès, je file à l’adresse dite chercher mon paquet de Montréal. Je me fais inviter dans un salon au milieu de quatre parfaits inconnus, il y a du gâteau au chocolat et du vin rouge et puis les Colocs en bande sonore. A l’intérieur du paquet cadenassé comme jamais, des pots Mason, du thé, un cd, une lettre, des photos de mes amours de là-bas. L’espace d’une soirée je suis de retour de l’autre côté de l’Atlantique, j’ai la même ivresse sous la peau, la même eau plein les paupières. Je m’étais ennuyée en mille de cette sensation là.

Jeudi, l’heure du premier cours. S. m’attend devant l’auditoire avec un cappucino brûlant et un brownie miniature. Le prof est grippé, alors on se retrouve seules toutes les deux dans ce grand amphithéâtre. On regarde des histoires de menteuses sur l’écran de mon ordinateur, on a l’impression de faire affront à l’université, ça nous fait rire. L’après-midi, autour de chouquettes et de pâtisseries suisses aux épices, j’interviewe une designer textile. Je l’écoute, passionnée, me parler de cette discipline que je ne connaissais pas. Je voudrais, comme elle, être capable d’inventer de la matière pour me protéger du froid.

Vendredi, au moment du levé d’un pied pire que gauche. Je suis d’une humeur désastreuse, je pourrais dévorer le premier qui m’approche. Mon reflet dans la glace m’écoeure, et l’air seul me pique à la peau. J’implore au ciel pour inverser le cours de cette journée qui commence bien mal. Cinq minutes avant de prendre la route pour mes cours, ma cousine sonne à ma porte à l’improviste, « je passais par là, et. ». Dans ses bras, des pastéis de nata et une part de tarte aux noix de pécans. Je l’embrasse et la remercie mille fois, avec sa présence je sens celle de F. qui me fait signe cette semaine pour la seconde fois. Après un déjeuner japonais, c’est autour d’un imprimeur « à l’ancienne » de répondre à mes questions. Je visite l’atelier, il y a les haut et les bas de casses, les lettres en plomb et en fonte, des typographies qui s’appellent univers ou bien étoile, c’est fascinant. Vendredi c’est aussi la journée internationale des compliments, je reçois un message kilométrique de J., adorable à me faire rosir les joues. Le soir, on se paye un restaurant de reines toutes les deux avec E., et on se blottit dans une salle de cinéma parce qu’on trouve ça très bien, le cinéma du vendredi soir. La semaine a été intense et mes paupières n’y tiennent plus, je loupe les trois-quart du film et me réveille avec le baiser final des protagonistes.

Samedi, jour. D’un déjeuner aux pancakes au centre-ville avec C., je me rends jusqu’au quartier où j’ai passé mes années d’adolescence. Je retrouve l’escalier à la Montmartre, et je regarde les fenêtres de mon ancienne chambre dans cette maison qui fait penser à celles dont parle Jacqueline Harpman dans chacun de ses romans. Je visite cet appartement situé dans une ancienne biscuiterie, j’aime l’idée et j’imagine des restes de parfum de pâte d’amande entre les briques. Malgré son charme l’endroit manque cruellement de lumière; c’est évident, ce ne sera pas chez moi.

Samedi, soir de fête. Après une crêpe au citron, on se retrouve à plusieurs au museum des sciences naturelles, de nuit. Je n’y étais plus allée depuis mon enfance, je redécouvre avec des grands yeux la salle des dinosaures. On prend le métro jusqu’à cette station au nom qui, à lui tout seul, raconte à quel point le quartier peut faire peur aux demoiselles esseulées : étangs noirs. On marche jusqu’à cette ancienne brasserie reconvertie. Il y a de la musique différente dans toutes les salles, on sautille sur toutes, on s’adapte au rythme. En haut des escaliers en colimaçon, il y a mon grand frère, mon héros derrière les platines. Je suis fière et je danse sur sa musique comme si mes jours en dépendaient. A trois heures du matin, on dévore des frites à la mayonnaise et un croque-monsieur, et on se demande pourquoi de nuit n’importe quoi sonne comme un festin. P. vient dormir dans mes draps, on se sent comme quand on avait cinq ans, je lui prête un pyjama et une brosse à dents.

Dimanche, lendemain de veille. La nuit a été courte, on se retrouve autour d’une table pour petit-déjeuner avec les copines et une séance de shopping pas très fructueuse au milieu de vêtements de seconde main. L’air est doux, les températures remontent, et je roule jusqu’à ma campagne rejoindre mes mille et une cousines pour un goûter multicolore.

 

Un tour de l’horloge, un tour du calendrier, un moment par jour : demain, c’est reparti pour un tour. Il parait que le Printemps arrive pour fêter le début de semaine, qu’on va boire des jus de fraises sur le temps de midi accroupis au soleil sur l’asphalte tiède.

 

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