Le blog de Victoire


17/02/'13

rue des partances.

Lundi. Le chagrin collant dans lequel j’étais encore empêtrée hier soir semble m’accorder une trêve. Entre quelques lectures pour l’université, je remplis le carnet de voyage de cette petite fille de onze ans de Saint-Elie de Caxton au Québec. Je l’expédierai demain à Paris, je pense qu’elle sera fière de savoir que son trésor sera passé dans les mains et dans le coeur de tant de grandes villes européennes. Je trouve une pièce dorée entre deux pavés, décide de l’utiliser pour m’acheter des fleurs, et au fleuriste de m’en offrir une supplémentaire. L’art du cadeau dans le cadeau. Le soir, je prépare un dîner sommaire à J., on se raconte enfin nos dernières semaines l’une sans l’autre. Je n’ai pas très envie de me frotter au monde, ces derniers jours, mais je réalise que je m’étais vraiment ennuyée de ses boucles brunes et ses grands yeux infiniment bienveillants.

Mardi. Je visite avec ma mère cet appartement grand et blanc. Ce ne sera pas chez moi, j’imagine que c’est quelque chose qu’on sait, qu’on sent. On se partage un pastéis de nata dans la cantine d’à côté. Le soir, après un bain à la lavande, je me glisse entre mes draps à une heure presque indécente pour dévorer Miss Peregrine et les enfants particuliers.

Mercredi. Je sursaute en croisant un chat tout blanc qui se balade tranquillement dans les couloirs de mon immeuble. Dans ma boîte aux lettres, un paquet gigantesque renferme plusieurs livres. Je trépigne, ce courrier marque le début d’une rubrique de chroniques littéraires, et je réalise que c’est tout ce que j’ai toujours rêvé de faire. Plus tard, de grosses larmes roulent sur mes joues dans cette petite classe de l’université. Le professeur est déconcerté, et moi tellement désolée. Je roule très très vite pour retrouver S. dans cet endroit si charmant. Je sirote mon verre de rosé petite gorgée par petite gorgée pendant qu’il se commande un vin rouge qui s’appelle Eulalie. On se raconte enfin nos vies et nos secrets depuis mon retour sur ce continent. Un peu plus tard, je reçois ce courriel de ce garçon, tranchant comme du papier neuf. Je pense à cette réplique de film, ça va bien finir par se voir, que je suis un monstre, et je songe en frissonnant à ces quelques personnes qui me prennent, justement, pour un monstre. Je demande, à moi et à d’autres, comment c’est possible, parce qu’à la liste – relativement étendue – de mes grands défauts, la malveillance ne se retrouve pas, pas même en miettes dissimulées. Essayer de clamer mon innocence à cet égard me fait perdre pieds plus que toute autre chose, je crois.

Jeudi. Il est 6h10 du matin. Je n’ai pas dormi une seule seconde. La sonnette retentit, et au parlophone cette voix de radio que je reconnais si bien. « C’est Thomas! ». Je suis un peu décontenancée de lui ouvrir en pyjama. Il apparaît à ma porte, deux croissants dans une main, son appareil photo dans l’autre. On discute un petit peu, il délace ses souliers pour entrer dans ma chambre. On se retrouve dans le noir le plus complet, j’aperçois son visage pendant une seconde toutes les minutes lorsqu’il déclenche l’obturateur. A cause de l’obscurité, il fait tomber mon jupon et trébuche sur ma baguette dorée. Ah, tu es fée aussi? Je savais pas!. On parle littérature et écriture, il me prête quelques conseils d’écrivain pour l’avancement de ce roman, le mien, celui qui a déjà un nom et que je lui dévoile tout bas. Il file pour être à l’heure de sa chronique du jour. Je grignote mon petit-déjeuner livré en songeant à ses situations étranges dans lesquelles j’ai l’art de me placer. Thomas Gunzig publiera cette photo, parmi une ou deux centaines, dans un livre d’ici quelques mois. Peut-être avec quelques textes, m’a t’il confié avant de s’en aller. J’admire trop sa plume pour ne pas espérer que ça soit le cas. Le facteur m’apporte un courrier qui vient d’Angleterre. Je lis les quelques mots qui me sont destinés, on peut y lire, entre autres choses, the world is yours. Je mets quelques instants avant de comprendre le destinataire de cette heureuse missive, et puis je me souviens d’elle. Un peu plus tard, on fête la Saint-V. entre filles. Il y a des gâteaux, des cœurs, et des musiques de circonstance.

Vendredi. E. débarque à l’appartement les bras chargé d’un carrot cake de sa confection, et d’une lettre qu’elle m’avait écrite lorsque j’étais au Canada et qui lui était revenue un petit peu plus tard. Le papier est légèrement gondolé par cet aller-retour transatlantique. Son gâteau est de loin le meilleur de la sorte que j’ai pu déguster (et à ce sujet, croyez-moi, je m’y connais), et je souris aux larmes de lire ces mots qui, timidement, me sont destinés. Je souris encore en songeant à ce qui nous lie depuis dix ans d’amitié. Je retrouve mon père au retour de mon cours de littérature. Pendant qu’il s’en va nous commander des sushis, je reçois le deuxième courriel de la semaine qui aura fait trembler la terre sous mes pieds. Au téléphone l’heure suivante, on passe d’un sentiment à l’autre, du rire aux larmes au rire, finalement et heureusement. Je sens qu’il ne sait plus quoi faire de moi, de moi dans sa tête et plus dans sa vie. J’enrage d’être à la source de tant de souffrance, je voudrais avoir le pouvoir de rendre à nouveau réelles et indélébiles toutes ces choses que j’ai pu lui écrire en les ressentant très fort. Je suffoque, c’est trop pour ces temps-ci, je confie à mon carnet. Le soir, P. vient me chercher dans sa petite voiture rouge. On partage une soupe et un verre de vin rouge, et comme à chaque fois, on se quitte en se disant que ferais-je sans toi?

Samedi. A mon réveil, un courriel me dévoile en secret la quatrième de couverture du prochain et dernier livre de mon ami J.C. Il me tarde tant de le lire que cette prémisse me brûle les yeux. L. et G. arrivent chez moi au petit matin. Pour mon anniversaire après l’heure, elles m’emmènent en week-end surprise dans un endroit que je ne connais pas. On roule presque deux heures en discutant joyeusement, pour arriver dans la si jolie petite ville de Middelburg, en Hollande. Il y a des canaux, des cabanes au bord de l’eau, beaucoup de bicyclettes, de très belles maisons aux intérieurs parfaits, des ruelles propres comme des sous neufs. On déjeune dans une grande librairie, on se promène, on prends le temps de prendre le temps. Après le dîner, on rentre à l’hôtel, et on rit très fort entre nos draps avant de s’endormir tôt parce que nos paupières n’y tiennent plus.

Dimanche. Le ciel clair parsemé de nuages transparents a cédé sa place à un brouillard lourd, pénétrant. Je pense à ma mère qui appelle ça un temps de vampire, vampiresque, même. On reprend la route pour Veere, on se promène au bord de ce qui ressemble à la mer. On n’aperçoit rien de l’horizon, on a froid aux doigts, on se promène doucement. Sur la route du retour, G. s’endort. On décide de terminer le voyage en testant ce nouvel endroit bruxellois, on se fait la réflexion mille fois qu’on a de la veine de s’avoir, toutes, et je pense tout bas surtout moi. Je ne mesure pas ma chance d’être entourée de si grandes et belles personnes. En rentrant, je réécoute cette chanson, Perpetuum Mobile, qui aura marqué l’hymne de cette drôle de semaine.

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Un commentaire pour “rue des partances.”

  1. J’aime bien quand tu nous racontes. Tu trouves toujours des miettes de magie quelque part 🙂

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