Le blog de Victoire


23/02/'13

Et qu’on s’apprivoise, comme on dit.

J’ai croisé un renard, là, il y a dix minutes; en pleine rue, en pleine nuit, en pleine ville, en pleine tempête de neige, en plein milieu de cet interminable hiver. Je me suis arrêtée, interdite, de peur qu’il ne s’échappe trop vite. Nous nous sommes toisés pendant deux bonnes minutes, à qui mieux mieux, à celui qui baissera le regard le plus vite. C’est lui qui a flanché le premier.

(…)

Pendant ces deux minutes qui ont duré deux cent ans, on a discuté. De cette saison qui nous semble trois fois plus longue que les précédentes, de cette manière qu’elle a de s’immiscer sous nos peaux ainsi que celle de nos entourages respectifs : des coeurs brisés, des âmes gelées, des vies ôtées, partout des gens qui grelottent de choses autrement plus graves que le froid misérable. On devrait profiter de l’hiver pourtant pour tirer des plans sur la comète et faire l’amour les fenêtres ouvertes; pour attraper de la neige sur le bout de la langue et couvrir de froid nos souffles coupés, pour faire barrage au vent avec nos corps soudés entremêlés, pour dégager de la fumée avec nos fièvres additionnées, ah! Prendre parti de l’hiver, s’en faire un allié de choix, un poignet solide sur lequel refermer nos doigts.

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2 commentaires pour “Et qu’on s’apprivoise, comme on dit.”

  1. Comme d’habitude, c’est juste beau, ça laisse pas grand-chose à dire, juste peut-être un merci avec les yeux. Mais cette fois, fallait vraiment que je laisse un petit mot pour te remercier « de vive voix » de m’avoir fait connaître Fauve. Wow.

  2. je n’ai pas croisé de renard moi, mais vos mots qui me racontent cet hiver, le mien et celui des autres… merci oui, que dire de plus? c’est si beau…

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