Le blog de Victoire


13/01/'13

We were infinite

 

1. J’ai terriblement du mal à m’extirper de mes draps le matin. Je n’ai jamais été comme ça, j’ai toujours été la première levée, à augmenter le volume et à danser comme si la nuit n’en était pas encore à un quart de lune coincé dans la porte. J’ai mis ça sur la faute du décalage horaire, mais presque un mois après mon retour, l’excuse ne compte plus. J’ai terriblement du mal à m’extirper de mes draps le matin. L’autre nuit, j’ai rêvé que le monde s’arrêtait net à 17h40. Plus rien ne tournait, à 17h40 : les aiguilles des horloges n’avançaient plus, et les gens s’affolaient, on en parlait dans les journaux et à la télévision. Je me suis réveillée toute chiffonnée, pensant qu’il faisait bien clair, dehors, pour un 17h40 d’hiver. Je me demande ce qu’il m’arrivera à cette heure là. J’espère quelque chose de beau, de l’ordre d’un coup de coeur, d’un coup de tonnerre, ou d’une tempête sans dommages. J’ai terriblement du mal à m’extirper de mes draps le matin. Ces derniers jours, c’est presque un rituel : je me lève, et j’ôte mon pyjama pour me glisser à nouveau dans mon lit et sentir sur ma peau les draps encore tièdes de ma propre fièvre. Je ne le faisais pas assez, voire presque jamais, quand les oreillers étaient réchauffés par quelqu’un d’autre que moi. Quelle bêtise.

2. J’ai en ce moment un besoin insatiable de faire de l’espace dans mon petit appartement. Alors je vide, je décroche, je trie, je donne, je déplace les meubles, je grimpe sur des chaises, j’agence autrement, encore et encore. J’ai l’impression de suffoquer entre ces murs, je voudrais habiter un endroit neuf pour être habitée par un élan neuf.

3. Depuis mon retour de Montréal, j’ai l’impression de flotter. Je vogue et j’avance dans une étrange torpeur, comme si je lévitais, comme si je l’évitais, justement, la noirceur des choses ; c’est ça, en apesanteur. Ces quelques mois de l’autre côté de l’Atlantique ont filé si rapidement que j’ai le sentiment de n’être jamais partie, et l’impression à la fois de n’être jamais rentrée. Cette voltige n’est pas si désagréable, je voudrais bien la coudre à ma peau pour toujours; j’ai la sensation de vivre dans un livre. Ce doit être ça, ce que je garde de Montréal au fond de moi.

4. Une fois par semaine, je passe chez la fleuriste au coin de la rue. Je prends chaque fois, pour une pièce dorée, deux tulipes, ou deux branches de ces fleurs au nom imprononçable qui ressemblent à du muguet, ou deux gerberas jaunes parce que c’étaient les préférées de Florence et que j’ai besoin de me souvenir un peu de sa présence si peu commune, d’entendre son rire, de voir les fossettes dans ses joues, de l’avoir près de moi.

5. Tout à l’heure je suis allée voir perks of being a wallflower au cinéma, j’en ai été bouleversée, de bout en bout. Ce devait être aussi la journée, la couronne dorée et le morceau de galette des rois parce que tu seras toujours la reine, les mains serrées qui veulent en dire beaucoup plus qu’elles ne le peuvent. Ah, si mes mains pouvaient parler. Quand la lumière s’est rallumée, j’ai retrouvé par le plus fou des hasards mon père et I. juste derrière moi, et elle pleurait, I., elle pleurait tellement.  Je l’ai prise par le bras, le ciel était bleu – ce devait être parce qu’elle avait toute l’eau du ciel sur ses joues – on a été prendre un café tous les trois, et puis les paroles ont valsé, et c’est moi qui me suis mise à sangloter en marchant très vite sur la grande et coquette avenue. Dans le film, Charlie répète plusieurs fois I feel infinite. I feel infinite. We were infinite.

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3 commentaires pour “We were infinite”

  1. <3 🙂

  2. le smiley es tt moche! il avait l’air plus mignon dans ma tête !!!

  3. Pareil, mon lit me retient le matin, comme jamais. J’aime bien ton rituel fleuri, mais je n’ai pas de fleuriste juste à côté, et encore moins de place. Mais j’aimais tellement quand ma mère faisait ou achetais des bouquets de fleurs. Régulièrement, poser une fleur, comme un signe. Je parcoure ton blog depuis quelques temps, et c’est une belle (re)découverte, Orfée.

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