Le blog de Victoire


8/01/'13

Planisphère

Elle était là, sous la pluie – son ciré jaune fermement noué autour d’elle, son capuchon baissé; trempée. Elle me regardait avec ses yeux d’enfer, tout tremblait chez elle jusqu’au bout de ses paupières; et puis ses lèvres, pincées, serrées; elle se forçait à ne plus respirer et de la sorte, c’est moi qui étouffait. Seul son menton battait le rythme de ce qu’elle pouvait ressentir, il tressautait à chaque vague de colère qui lui prenait l’intérieur du coeur. J’ai jeté mon regard vers ses petites mains, elles s’accrochaient à un papier chiffonné. En y regardant de plus près, je pus deviner une carte, peut-être un planisphère, une carte de route, une carte de ville aux drôles de couleurs, une sorte de plan inversé. Je ne sais pas si c’était la pluie ou ses yeux qui balançaient du brouillard mais, d’un coup, j’ai vu les lignes de la carte s’emparer d’elle, elle serrait si fort le papier bleu que les frontières s’imprimaient sur sa peau, elle s’est mise à cracher l’érosion et les volcans, elle a pris toutes les teintes du ciel, a avalé tous les paysages et son ventre, minuscule, a pris des allures de planète. Elle était devenue mienne, monde, mon monde; évidemment.

L’illustration est de ma talentueuse amie Amélie Timmermans. Vous retrouverez le tout dans la dernière édition de notre webzine Alphabeta Magazine.

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