Le blog de Victoire


1/01/'13

Electricity

J’ai achevé et enclenché l’année dans un drôle d’état, une espèce de torpeur; une tristesse calme ou une quiétude chagrine, qui sait. Il y a eu les quinze centimètres de mes cheveux coupés et laissés là, sur le plancher. Ca fera ça en moins comme noeuds à démêler les beaux matins. Et la demoiselle qui se faisait coiffer à côté de moi, fraîchement rentrée le jour même de Montréal; les traces de neige sur ses souliers, et mon envie non partagée de partager avec elle, justement, sur notre expérience du Nord au coeur. Il y a eu les litres d’eau partout : dans le ciel, sur nos joues, sur la terre et dans la boue. Il y a eu cette promenade, juste après la pluie; avec ma mère, les chiens en laisses, la lumière folle en reflet dans les flaques et mes yeux plissés, le vent dans mes cheveux nouvellement légers. Il y a eu ce passage de l’Enchanteur, de Barjavel, mon préféré d’entre tous : celui où Genièvre et Lancelot s’aiment à l’intérieur d’une page blanche. Alors recevoir des messages blancs, des courriels blancs et du papier blanc, parce qu’il faut bien s’aimer quelque part. Il y a eu les cadeaux de Noël à attraper avec une vraie canne à pêche, le couscous et les pâtisseries marocaines qui collent aux doigts et aux dents. Et cet autre soir où S., pour faire deviner à tout le monde qu’il avait un cadeau pour moi et parce que c’était le jeu, de faire déchiffrer l’heureuse victime, a réussi à mimer des yeux qui brillent. C’était fort. Il y a eu ce petit morceau de papier soigneusement rangé dans mon fortune cookie non périssable, celui en tissu fleuri : un livre dans l’année, parce qu’on a que les voeux qu’on s’offre, parce que ça suffit, de plaisanter, ah : un livre dans l’année. Il y a eu les messages envoyés à la pelle, qui disaient tous parce qu’il le fallait : la vie, la vie, à la folie. Il y a et il y aura surtout ce carnet que je me suis offert, l’imprévisible 2013, qui contient des pages à noircir bien sûr et puis un papier rose fluo sur lequel il est écrit ça ira et mon petit esprit qui répond sur un air de défi ça doit. Il y a eu la dernière soirée de l’année, entre filles, avec un bon repas, du mousseux et la tempête contre les fenêtres; le sirop de violette à une heure du matin et les promesses pour demain. Il y a eu cette vidéo envoyée par delà l’Atlantique, de mes battements de là bas qui me souhaitaient la belle année à sept heure de décalage de moi. Et l’impossibilité de m’endormir, cette nuit, parce que j’avais les jambes et le bas du dos qui me tiraient, me tiraient. Comme si tu grandissais? , elle a dit. Oui, exactement, comme si.

Aujourd’hui il faisait bleu là haut, un bleu imperturbable, un bleu parfait de lendemain matin. J’ai nagé très très profond dans l’eau très très froide, grignoté une tartelette au citron, me suis laissée chaparder un baiser. Je suis allée au cinéma toute seule, voir la main dans la main, et la dame à mes côtés sentait le patchouli terriblement fort. Cette bande sonore, qui s’appelle Electricity, a fait l’hymne des derniers moments de mon voyage sur l’autre continent, et je sens qu’elle fera office de cantique du suivant. Qu’est ce qu’on a pu danser. Qu’est ce qu’on pourra danser. Quand je suis ressortie l’air était doux, le ciel était noir, et j’ai trouvé que les lumières dans les arbres de la grande avenue feraient bien de demeurer là toute l’année. A entendre les feux d’artifices qui grondent là, maintenant, tout de suite au dessus de Bruxelles, j’en conclus que je ne suis pas la seule à vouloir prolonger à notre ville à notre vie à nos envies leurs airs de fête. A la folie.

 

 

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2 commentaires pour “Electricity”

  1. Ce carnet de l’imprévisible 2013 me fait envie, avec ses pages fluo et ses mots rassurants. Happy 2013 et merci pour la poésie que tu offres à travers chacun de tes mots.

  2. A l’Enchanteur, je préfère la Nuit des temps. Pourtant rien ne m’empêche d’apprécier ta prose encore et toujours.

    Bonne année Miss =)

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