Le blog de Victoire


10/11/'12

quand l’eau de pluie fait des fresques, trésor trésor.

La porte de ma chambre bleue pâle ouvre directement sur la cuisine de notre colocation de la rue Alma, mais je n’ai jamais besoin de l’ouvrir pour deviner qui s’affaire là, au petit matin, au beau milieu de l’après-midi ou au creux de la nuit. Il y a les chaussons de V. qui patinent sur le parquet usé, la bouteille de soda de F. et le bruit caractéristique qui s’en échappe lorsqu’il en ôte le bouchon, les grains de café qui s’agitent dans le percolateur de A. et le couteau qui tartine de chocolat le pain grillé de R. Nos programmes respectifs se saluent souvent en coup de brise, mais il y a toujours un moment où l’un ou l’autre d’entre nous s’arrête pour un thé, un mot laissé sur la table ou un morceau de gâteau à partager. Le vent du Nord s’est levé sur Montréal et les manteaux se tiennent noués serrés sous nos bras croisés, il y a eu la promenade sur le pont au dessus du Saint-Laurent agité, le froid gourmand qui dévore l’énergie de nos petits corps et l’envie de dormir presque instantanée dès le retour sous les draps rouges, les baisers à l’érable et puis la soupe aux betteraves et au cumin à la couleur si belle qu’on aurait voulu peindre un monde avec avant qu’elle nous réchauffe le ventre. Ce côté de l’Atlantique se tricote des liens dorés sous ma peau, je voudrais l’emporter en valise minuscule au dedans de moi à mon retour en Europe, mélanger les continents et faire encore trembler la terre pour que Montréal et puis Bruxelles ne soient finalement plus qu’à un pas, un pas de moi.

 

 

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