Le blog de Victoire


18/09/'12

Montréal est grand comme un désordre universel

Quatrième matinée que j’ouvre les paupières dans ce recoin du monde qui n’est pas mien, il pleut à verse sur Montréal et les feuilles des arbres chatouillent les fenêtres de ma petite chambre bleue pâle. Je voudrais toujours me souvenir des dernières secondes là-bas et des premiers instants ici, des crêpes sucre-citron préparées par S. à six heures du matin le jour du grand départ et des derniers baisers qui en avaient le goût, acidulé mais amer, déjà, du manque de nous, de ma famille à l’aéroport et du noeud dans la gorge la douane passée, de l’écharpe rouge qui porte son parfum à elle et de l’écharpe grise qui porte son parfum à lui – pour m’y lover quand demain je m’ennuierai d’eux, de G., le garçon à côté de moi dans l’avion, passé d’inconnu à allié après sept heures de discussion en vol envolées, de la feuille d’érable sur la tasse de thé Air Canada, de R. qui m’attendait en jolie robe et du sachet bleu contenant du thé chaï à la citrouille  qui patientait pour moi sur le siège de sa voiture, de la découverte de mon nouveau refuge, de la grande carte du monde dans le salon avec des photos de tous les voyageurs passés ici, de la vieille cuisinière et de la bouilloire qui chante, du premier verre de rosé (un peu salé) avec mes colocataires, de la brioche aux pommes et au caramel et du réconfort d’avoir la présence de L. pour découvrir les ruelles avec moi le premier jour, du gâteau Rice Krispies – guimauve et du brunch gigantesque le dimanche matin avec mille petites mains qui s’activent pour préparer des crêpes, aller chercher des bagels et des croissants chauds, des premières lectures des ouvrages de cette maison d’édition avec qui j’apprendrai pendant trois mois et de mes sourires parfois amusés, parfois intrigués, face aux expressions québécoises, du coup au coeur à la lecture de ce paragraphe « dans ta chambre, grand-maman cueille des pommettes au milieu d’un petit cadre. Tu caresses la vitre qui recouvre sa joue. Il fait chaud. Maman ouvre les rideaux, puis les fenêtres. Dans mon dos, une résidente entrée par mégarde soupire : « Qu’allons-nous faire de toute cette neige?« . Tu ne détournes pas la tête. Tu es avec grand-maman, sous le pommetier. », des écureuils qui galopent dans les rues, de ma bougie qui embaume le talc et que j’allume trois minutes par jour pour qu’elle ne se fatigue pas trop vite, des étoiles phosphorescentes accrochées à mon plafond et de mon numéro canadien griffonné à la craie sur l’ardoise dans la cuisine, du chemin de nuit sur le porte-bagage d’un vélo, de la commande d’une quantité bien trop excessive de sushis, de la collection déjà immense dans mon sac de cartes de visite « des endroits à tester », de ces détails caractéristiques – tellement neufs pour moi – de la vie à plusieurs avec les histoires que l’on se raconte autour d’une table en fin de journée, de l’huile d’olive qui s’appelle « Orphée » et de la confiserie Oscar sur Saint-Hubert, de ma rue Alma et des fruits multicolores vendus pour quelques sous au marché Jean Talon, des messages punaisés sur ma porte, de la bienveillance dans les regards de ces nouvelles connaissances qui m’entourent et de l’accueil sans faille que semble vouloir me prodiguer cet endroit.

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2 commentaires pour “Montréal est grand comme un désordre universel”

  1. C’est joli ce que tu écris. Tu clôtures ma soirée en douceur. Merci.

  2. Toujours le même plaisir de te lire, jolie Victoire. Je t’embrasse bien fort !

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