Le blog de Victoire


29/02/'12

Planisphère,

Elle était là, sous la pluie – son ciré jaune fermement noué autour d’elle, son capuchon baissé; trempée. Elle me regardait avec ses yeux d’enfer, tout tremblait chez elle jusqu’au bout de ses paupières; et puis ses lèvres, pincées, serrées; elle se forçait à ne plus respirer et de la sorte, c’est moi qui étouffait. Seul son menton battait le rythme de ce qu’elle pouvait ressentir, il tressautait à chaque vague de colère qui lui prenait l’intérieur du coeur. J’ai jeté mon regard vers ses petites mains, elles s’accrochaient à un papier chiffonné. En y regardant de plus près, je pus deviner une carte, peut-être un planisphère, une carte de route, une carte de ville aux drôles de couleurs, une sorte de plan inversé. Je ne sais pas si c’était la pluie ou ses yeux qui balançaient du brouillard mais, d’un coup, j’ai vu les lignes de la carte s’emparer d’elle, elle serrait si fort le papier bleu que les frontières s’imprimaient sur sa peau, elle s’est mise à cracher l’érosion et les volcans, elle a pris toutes les teintes du ciel, a avalé tous les paysages et son ventre, minuscule, a pris des allures de planète. Elle était devenue mienne, monde, mon monde; évidemment.

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Un commentaire pour “Planisphère,”

  1. J’ aime vraiment beaucoup ta façon d’écrire. Je passe ici depuis longtemps déjà mais je n’ai que rarement laissé une trace de mon passage. Certaines écritures nous parlent plus ou moins, nous évoquent des choses, la tienne est à la fois très douce et poétique, presqu’enfantine et tellement délicate. C’est comme une petite cabane, perchée tout en haut d’un arbre, un petit échaffaudage tapissé de douceur et de mots avec des lettres qui s’enchevêtrent et des syllables qui s’entrecroisent. Il ne faut parler qu’en murmures. Mots tus et mots nus. Et puis lire les aventures.

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