Le blog de Victoire


22/08/'16

les scènes des phrases

« Il existe des phrases qui crèvent la taie.  »

Yannick Haenel écrit ça.

 

Vois-tu ce que j’y vois ?

Non pas de phrases-flèches aux pointes acérées. Il s’agit d’autre chose.

Un couple, dans un lit. Submergé d’oreillers, le lit, parce que c’est celui de la fille et que les filles, par un étrange paramétrage de l’esprit, exigent toujours d’avoir par-dessus les draps de quoi reposer cinq ou six têtes, la nuit.

Les fenêtres sont ouvertes.

Il est allongé, appuyé sur ses coudes, la regardant elle, assise les jambes croisées, mains sur les genoux, dos à lui et dos droit aussi.

C’est de sa bouche à elle que la phrase vient, elle reste de dos pour qu’il puisse, le cas échéant et si ça devait mal tourner, accuser les murs ou une invective du voisin de droite.

 

Inutile de deviner laquelle : les phrases qui crèvent la taie sont absolument exclusives et personnalisées. N’essaie pas : cette même phrase ne crèvera pas ta taie.

 

Elle la crache donc, sa phrase, il lui en reste un peu sur le menton. Un temps de silence, on n’entend plus les bruits de la rue, les oreilles sifflent. Elle ne le voit pas qui, dans son dos, tâche de rester abruti voilà, juste abruti, de s’en contenter jusqu’à ce que.

 

PAF, la pression soudain comme dans un avion, un sous-marin !

Et les oreillers, PAF, qui éclatent un à un.

Il y a des plumes qui volettent dans toute la pièce. On n’y voit plus rien. Quelques unes s’échappent par la fenêtre ouverte.

 

Un gamin dans la rue, en dessous. Ramasse sur son épaule, heureux, ce qu’il prend à raison pour du duvet d’oie. Mais imbibé d’âme ou de cervelle, le duvet, qui souille son t-shirt.

 

Il existe des phrases qui crèvent la taie.

 

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20/08/'16

madame tu

Treize heures et des à l’arrêt de bus, je lis debout les poèmes iodés d’un Cendrars en bateau trouvé le matin même aux puces. J’ai déjà dit que je lis fort bien comme ça, dans la jungle, les chaussures tout au bord du trottoir pour pouvoir deviner l’arrivée puis grimper dans le bus sans lever la tête ni décoller de ma lecture. Madame, j’entends vaguement, madame, madame, m-a-d-a-m-e, je ne sourcille pas. Ok j’en suis déjà à l’âge de garder sur le front les quelques rainures visibles d’années de sourcillements justement mais quand même, impossible que ce soit à moi que s’adresse cette grosse voix. Ce que je ne sais pas c’est que ces poèmes me font me pencher très légèrement vers l’avant, toute à mes récits de mer il semblerait que j’oblique pour plonger dedans. La grosse voix s’en est inquiétée et a anticipé l’arrivée du bus puis de ma tête fauchée. La grosse voix, accompagnée d’une grosse main, se dépose doucement sur mon épaule, compense, en me disant tu, sa formule de vieux. Tu prends des risques madame, allez madame, viens !

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20/08/'16

« transports en commun »

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17/08/'16

qui

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tout de suite j’ai voulu m’excuser

d’avoir porté un jour sur toi

ce regard-là

 

animal

adversaire

glacial

presque polaire

 

deux petites pierres noires

noires absolument

les yeux aux trois quarts blanc

qui fait ça ?

qui prétend

qui ouvre ses yeux plus grand

qu’ils ne peuvent voir vraiment

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17/08/'16

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