Le blog de Victoire


1/04/'17

& elle chante

Je me laisse descendre, moi statique sur l’escalier mécanique, il y a des gens devant et derrière moi qui descendent également. Elle aussi est statique, montée juste ma gauche et seule de son côté qui monte, et elle chante.

Elle a cette voix-flûte longue et humide, elle chante et regarde devant ; un chant arabe, une psalmodie qui oscille sans hésiter jamais. Je regrette toute l’après-midi de ne pas l’avoir suivie.

ou alors

Le haut est tellement bas qu’on en oublie de se souhaiter l’équinoxe, c’est en prenant l’avion et en grimpant par-delà les épaisseurs que j’ai pu me dire ça y est c’est bon nous sommes passés à la saison des éclosions.

ou alors

Être quelqu’un dans la foule. En général ce fait n’existe que grâce au regard, jamais déviant, d’une seule personne.

ou alors

Cette façon qu’il a de ne jamais me laisser seule, avec ses longs cils qui battent l’air à mesure que son attention passe brièvement de mon visage à sa main qui beurre le pain.

ou alors

J’ai beaucoup trop de phrases, des phrases pour tout, rien qui sur l’instant ne soit pas une phrase. Le mutisme pourtant quand il s’agit de faire des phrases sur mes phrases. Et si l’imposture était là ?

ou alors

J’ai frotté en avril sur mes baskets bleues du sable blanc qui datait de janvier.

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15/03/'17

Berlin, printemps

Je voudrais jouir de notre lieu et j’en jouis pourtant, accroupie devant les rideaux à découper sans bien suivre les lignes des danseuses de ballet dans les journaux,

balancée par sa voix de radio cachée derrière sa nuque,

je repense aux costumes d’hier soir, aux jupons et pantalons distribués aléatoirement aux filles et aux garçons,

je voudrais jouir de notre lieu et j’en jouis pourtant

mais la lumière me fait coller ventre et front aux vitres froides,

j’ai là la peau diaphane qui s’en va flétrir dans l’appartement.

Je suis une algue d’extérieur.

Je ne regarde pas l’arbre je regarde l’ombre de l’arbre sur le mur.

J’ai le nez sur ma montre pour la lumière

moi qui ne porte pas de montre je songe il ne nous reste que x heures pour la lumière.

Dehors les oiseaux chantent mais seulement deux notes, deux fois l’une puis l’autre, si – si – la je crois – tu ne vois pas ? Écoute : ti ti tu – ti ti tu. C’est mieux comme ça ?

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21/02/'17

on its way, madam

Il faut pouvoir discerner les différentes textures de ses peaux.

Il faut pouvoir quantifier le taux variable d’humidité dans ses paumes. Pouvoir noter qu’après l’applaudissement ses mains sont glacées comme si dehors, sans gant.

Il faut pouvoir, balisant son visage, lire dans les plis neufs les récits de votre absence.

 

Il faut ne voir le train arriver que par le reflet du phare qui grandit dans ses yeux. Et quand la pupille file derrière l’oeil, entendre de la bouche ouverte un hurlement de loup sans un son. Un très long. Entendre ça. Et noter aussi quand l’haleine est courte.

 

Il faut dire.

Et pouvoir se tenir dos à la porte de la rame prête à s’ouvrir comme à l’escalier roulant d’arriver à son terme.

Il faut pouvoir s’endormir dans sa nuque et plus tard marcher sans vraiment s’éveiller. Tendre le sac à main, laisser à une autre épaule le poids, parfois.

Et se préoccuper toujours et ne s’en faire jamais.

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23/01/'17

ici

Ici les buildings tournent sur eux-mêmes, se tordent comme des gants imbibés, sous le cagnard, de la sueur des ouvriers. On les imagine, les ouvriers, à rejoindre le désert qui les entoure. Des grains qui tombent parfois épuisés du dernier étage provisoire. Ici les tours poussent continuellement. Les oiseaux et les grues se disputent la bande sonore. En nageant la brasse, plongeant puis sortant la tête de l’eau bleue, dégageant les cheveux joints sur le front, on croit s’être trompé de décor. C’est le désert que l’on retrouve encore. Les bougainvilliers et l’appel à la prière, la silhouette des palmiers sur les murs orange et les odeurs du marché rappellent des terres aimées. On cherche une langue : il y en a mille. On cherche de la poussière agglomérée. Un repère, un repas : il n’y en a pas. Ici n’a pas d’origine et les voudrait toutes.

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14/01/'17

des corps

Je veux dire, regardez-les

à marcher dans l’un dans l’autre, d’un même pas du même rythme. Dans le métro et la rue sales, dans la forêt et

entre les étals. Quand ils ne parlent pas, c’est souvent, ils causent par petites pressions dans leurs mains jointes.

Se serrent les doigts sans planter les ongles.

Et se mordent sans sortir les crocs.

Peut-être dépassent-ils une dame âgée qui clopine à leurs côtés. Peut-être la nuit tombe-t-elle à seize heures. Peut-être un gamin hurle-t-il dans la rame sans discontinuer. Peut-être fait-il froid dans la chambre. Peut-être la boulangerie est-elle justement fermée. Peut-être la couverture est-elle rêche. Peut-être les horaires ne sont-ils pas respectés. Peut-être grêle-t-il et sont-ils trempés. Peut-être l’appartement est-il occupé. Peut-être la machine a-t-elle avalé la monnaie. Peut-être les portes sont-elles fermées. Peut-être n’avaient-ils rien préparé. Peut-être finit-il par neiger.

Tout ça dehors c’est du décor.

Pas qu’ils n’entendent pas, regardez-les comme ils dressent les oreilles. Regardez-les comme ils vous regardent.

C’est autrement, vous demandez

quel âge ont-ils bon sang.

Impossible à dire, vraiment.

Leurs corps : des corps. Aussi du décor.

Il va falloir se rendre au-dedans. Ecoutez : se rendre, s’en remettre au dedans.

 

 

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