Le blog de Victoire


15/07/'17

brève première de cet été

Sur une route tournicotante, de nuit. Sur les sièges arrières, dans une voiture sans toit ni fenêtre. Il fait une température de midi. J’ai la tête appuyée sur ses cuisses chaudes, et les jambes étendues qui dépassent de la carrosserie, et des feuilles qui tantôt me chatouillent les pieds, et des mèches de cheveux qui me strient de bandes dorées le ciel noir, qu’il dégage de ses mains, chaudes elles aussi. Nostalgie France passe toujours les mêmes rengaines. Celle-ci nous fait hurler comme quatre loups. De ce que je vois : des branches comme des bras, floutées à cause de la vitesse, et Orion, et Persée, nettes et vives à la course comme à l’arrêt.

 

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21/06/'17

luxe de canicule, encore

J’aime bien voir dans les salles de bains, vite ôtés pour être renfilés le plus tard possible, ces minuscules petits tas de vêtements, qui chiffonnés tiennent entiers dans la paume d’une main. Etre au plus nus, tous, tous corps confondus. Au plus nus tous ces corps fondus qui s’éventent comme ils peuvent avec les nouvelles ou les encarts publicitaires. Qu’ils ne lisent pas, dont ils ne parlent pas, puisqu’il y a la chaleur à dire, avant tout, avant le reste. Comme si à dire le chaud à l’autre on pouvait se délester de quelques degrés. Et les nuits sans les nuits. Et les maisons sans dedans. Les fenêtres ouvertes H24, et alors les moteurs, dans les maisons, et aussi les odeurs, les conversations.

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4/06/'17

vivre avec un homme de radio

Je l’entends qui, là-haut, pianote des phrases sur l’écran tout en les chuchotant. Parfois il y a un mot qui se hisse par-delà la mezzanine, mais j’ai depuis longtemps cessé de supposer. Je ne demande déjà plus si c’est à moi qu’il parle, je sais que viendra l’heure. Elle vient : je peux te lire, il me demande alors que je l’ai déjà rejoint à l’étage. Je m’allonge sur le tapis, toujours, la tête déposée dans mes mains croisées, toujours les yeux fermés derrière sa nuque et son dos raide sur la chaise de bureau. Je ne vois pas son visage et c’est tant mieux : c’est un autre lui, avec une autre voix, aux inflexions savantes et mélodiques, qui me surprennent toujours et que j’admire, moi qui ne sais parler qu’à l’horizontale. Je sais que pour lui-même il opine, lève les sourcils, parfois sourit. Je le reconnais comme ils –  ces autres eux – connaissent cet autre lui, et qui, chaque semaine, joignent la même fréquence que nous.

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27/05/'17

la canicule

Luxe de la canicule dans les villes d’ordinaire macérées dans la pluie : toutes fenêtres ouvertes, des rideaux de dentelle jaunie qui débordent des façades, chatouillent les passants et laissent entrevoir, aux intervalles du vent, l’intérieur des gens. On paresse, beaucoup, on s’habille nus, très, on écoute de la bossa nova, fort, on avale de la viande braisée, trop, les enfants prennent leur bain du soir dans la fontaine chlorée du rond-point. Les chats dorment sur le dos, les humains aussi, au plus loin les uns des autres, au plus loin. La chaleur et ses mirages qui abrogent la solitude.

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2/05/'17

À Tanger entre les avions, le ronron de dizaines de valises sur le tarmac. Pour les passagers comme pour les autres, pas d’intermédiaire entre les airs et l’air. Un petit garçon qui ressemble à une petite fille nous attend à minuit, menton sur les genoux sur le siège avant du taxi. À Tanger c’est la guerre des chats errants passé minuit. Et aussi la cavale des enfants, toujours de nuit. Et les crêpes aux mille trous sur la langue, et les pompons de laine sur la tête des paysannes du Rif. À Tanger on touche l’Espagne du bord des yeux et il faut grimper pour trouver la Kasbah. Essoufflés toujours, dans la rue verticale bordée d’orangers. À Tanger il y a cette impasse bleue dans laquelle on n’est pas encore passé. On y manque de gober les abeilles engluées dans leur miel et on s’y frappe la poitrine pour se saluer. À Tanger il existe des jungles privées. Et on se baigne dans le petit Socco qui sent bon le poisson frais et le vent chaud.

À Tanger mens-moi tant que tu racontes bien et tends-moi une main habitée comme celle de Fatma.

 

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